The Weekend Magazine

by Tomeci Press Publications

Clock with a young man beside an asylum centre and an older man, highlighting the difference between a refugee’s income and a pensioner’s pension in Belgium.

Une image diffusée en ligne affirme qu’un réfugié reconnu reçoit près de 1 400 € nets d’aide sociale, tandis qu’un retraité ayant travaillé et cotisé pendant 40 ans ne reçoit que 1 600 € nets de pension. La différence de 200 € est présentée comme la preuve que le système belge pénalise ceux qui ont travaillé toute leur vie. La réalité est plus nuancée : les chiffres ne sont pas directement comparables et les termes sont employés de manière impropre.

(Rédaction : Belgique / Société & Protection sociale)

Une publication virale sur les réseaux sociaux, accompagnée du logo « Wakker België », a suscité une vague de réactions en Belgique. L’image compare deux situations : un jeune homme présenté comme un « demandeur d’asile officiellement reconnu, célibataire », qui recevrait « près de 1 400 € nets comme allocation de subsistance », et un retraité qui « a travaillé pendant 40 ans, a toujours cotisé et payé ses impôts » et qui recevrait « 1 600 € nets de pension ». La différence de seulement 200 € est présentée comme la preuve que « la pension en Belgique est une grande farce ».

La publication est également accompagnée d’un commentaire virulent à l’égard de la classe politique, évoquant des « ministres avec des voitures coûteuses, chauffeur, gros salaires et doubles pensions », tandis que « la population du pays est poussée vers la pauvreté ». De tels messages circulent de plus en plus et exploitent des frustrations réelles. Mais qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui est trompeur dans cette comparaison ?

La confusion entre « demandeur d’asile » et « réfugié reconnu »

Le premier problème est terminologique. En Belgique, un demandeur d’asile dont la procédure est en cours ne reçoit pas 1 400 € nets par mois. Il est hébergé dans un centre d’accueil et reçoit une aide matérielle (hébergement, nourriture, soins médicaux) ainsi que de l’argent de poche, beaucoup plus faible. Ce n’est qu’après avoir été officiellement reconnu comme réfugié qu’il peut demander certaines aides sociales, notamment le revenu d’intégration sociale (leefloon) auprès du CPAS (OCMW).

L’image ne compare donc pas un « demandeur d’asile » à un retraité, mais un réfugié reconnu, sans revenus, qui reçoit une aide sociale, à un retraité. C’est une différence importante.

Infographic comparing social assistance of €1,400 with a €1,600 pension

Le leefloon est une aide sociale accordée par le CPAS aux personnes qui ne disposent pas de ressources suffisantes et ne peuvent pas travailler. Ce n’est pas un droit automatique et il ne s’agit pas d’un montant fixe pour tout le monde. Le montant dépend de la situation familiale (personne seule, avec partenaire, avec enfants) et est indexé. Pour une personne seule, le montant est proche de 1 400 € nets, mais il s’agit d’une aide sociale temporaire, et non d’un salaire ou d’une pension. Le bénéficiaire doit remplir certaines conditions, notamment être disposé à travailler et collaborer avec le CPAS.

Qu’est-ce qu’une pension et combien reçoit-on ?

En Belgique, la pension est un système d’assurance sociale, et non une aide sociale. Elle est calculée sur la base de la carrière professionnelle, des salaires et des cotisations versées au fil des années. Il n’existe pas de montant unique de 1 600 € nets pour tous les retraités. Certains reçoivent davantage, d’autres moins. Il existe une pension minimale garantie pour les personnes ayant une carrière complète, qui pour une personne seule se situe autour de 1 600 € nets, mais de nombreux retraités ont des pensions inférieures en raison de carrières incomplètes, d’emplois mal rémunérés ou de périodes de chômage.

La comparaison est faussée dès le départ

Comparer directement les deux montants est trompeur pour plusieurs raisons :

  • L’un est une aide sociale pour les personnes sans revenus, l’autre est une pension fondée sur les cotisations.
  • Le leefloon est temporaire et conditionné ; la pension est un droit acquis par le travail.
  • Le montant indiqué dans l’image pour le réfugié suppose qu’il n’a aucun revenu et qu’il remplit toutes les conditions ; ce n’est pas une règle générale.
  • Le montant indiqué pour le retraité suppose une carrière complète et un certain niveau de rémunération ; il n’est pas universel non plus.
  • Il n’est pas tenu compte des impôts, des cotisations versées tout au long de la vie ou d’autres aides (primes, réductions, aide au chauffage, etc.).

Les critiques à l’égard de la classe politique

La publication originale ne se limite pas à comparer un réfugié et un retraité. Elle critique également sévèrement la classe politique : ministres avec voitures coûteuses, chauffeurs, salaires élevés et pensions avantageuses. Il y a ici une part de vérité. Les salaires des ministres et parlementaires belges sont élevés par rapport au revenu moyen, et leurs privilèges (voitures, chauffeurs, secrétariats, pensions spéciales) sont fréquemment contestés. Le débat sur la transparence et l’équité de ces avantages est légitime.

Cependant, généraliser en affirmant que tous les hommes et femmes politiques sont des « parasites » et que l’ensemble du système est une « farce » n’aide pas à comprendre les problèmes réels. Le système belge des pensions fait face à de sérieux défis : vieillissement de la population, soutenabilité financière, inégalités entre les carrières. Ceux-ci nécessitent des réformes, et pas seulement de l’indignation.

Pourquoi de tels messages trouvent-ils un écho ?

Ces publications deviennent virales parce qu’elles touchent une corde sensible : de nombreux Belges ont le sentiment d’avoir travaillé toute leur vie sans disposer de ressources suffisantes à la retraite, tandis que d’autres, qui n’ont pas cotisé, pourraient recevoir des aides similaires. C’est une frustration réelle, alimentée par le coût de la vie, la crise du logement et la méfiance envers les institutions. Mais les solutions ne peuvent pas venir de comparaisons simplistes.

Conclusion

L’image virale utilise des chiffres réels, mais les place dans des contextes différents afin de créer l’impression d’une injustice flagrante. Un réfugié reconnu sans revenus peut recevoir une aide sociale proche de 1 400 €, tandis qu’un retraité ayant une carrière complète peut recevoir une pension minimale d’environ 1 600 € nets. Mais les deux montants ne sont pas comparables : l’un est une aide sociale temporaire, l’autre un droit relevant de l’assurance sociale. Les critiques des privilèges des responsables politiques sont légitimes, mais les transformer en attaque contre tous les réfugiés ou contre l’ensemble du système de protection sociale constitue une simplification dangereuse. Un débat sérieux sur les pensions et les aides sociales doit partir des faits, pas des mèmes.

Man in black car near STIB-MIVB PARC/PARK bus stop on rainy Brussels street

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